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Abstraite
Dans le bestiaire foisonnant de l’héraldique médiévale les chats sont plutôt rares et on commence à les repérer en tant que meubles, sur les cimiers ou en guise de supports à partir de la fin du Moyen Âge. Les armes imaginaires et les montages emblématiques qui ornent les manuscrits arthuriens et les armoriaux de la Table Ronde accordent une place de choix aux félins mais ce sont surtout les lions ou les léopards qui figurent comme signes identitaires des chevaliers. L’un des témoins de l’Armorial de la Table Ronde, le manuscrit fr. 1437 de la BnF, réalisé vers la fin du XVe siècle, présente des particularités saisissantes. C’est le seul manuscrit dont le concepteur ou l’artiste a choisi des chats comme supports pour plusieurs chevaliers. Ces chats écuyers marquent des guerriers dont le statut par rapport à la royauté est paradoxal. Ils sont proches du pouvoir et participent à ses stratégies, mais ils sont susceptibles à tout moment de s’en éloigner ou de le contester. Ils n’ont pas de grandes aventures, mais ils apparaissent à des moments de charnière, par intermittence, et leur intervention est essentielle au bon déroulement du récit. Bref, ces chevaliers sont définis par un statut liminaire qui permet au lecteur moderne de cerner, entre autres, les fonctions identitaires du chat emblématique à la fin du Moyen Âge.